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CARAPATTE DE SAINT-MARTIN-DE-TALLEVENDE
Interview de Monsieur Bellenger
Le « carapatte » est un mode de ramassage scolaire. Un groupe d’élèves à pied est accompagné et encadré par des adultes, entre les zones d’habitations et l’établissement scolaire en suivant un parcours prédéfini.
Le Parcours est matérialisé par différents arrêts. Les enfants joignent le groupe le matin à des horaires fixes et prédéterminés et sont reconduits l’après-midi après l’école à ces mêmes arrêts. Ce mode de ramassage scolaire a été mis en place à Saint Martin de Tallevende, par son maire M. BELLENGER. Ce dernier nous explique comment s’est construit le projet, lors d’une interview le 20 octobre 2011.
Pays du Bessin au Virois : Comment a été initié le projet ?
Monsieur Bellenger : « La Communauté de Communes de Vire a missionné l’ETAPE au début de l’été 2010, pour rencontrer toutes les écoles de Vire et faire connaître le principe de « carapatte », en lien avec sa compétence transport. J’étais malheureusement absent à cette réunion de présentation. C’est lors d’un entretien particulier sollicité par la Communauté de Communes, cherchant à développer une initiative, et avec l’ETAPE, que j’ai été sensibilisé à cette action. Le principe du « car à pattes » m’a beaucoup intéressé. La Communauté de Communes a alors prolongé la mission de l’Etape pour nous aider à développer ce projet, pour les enfants se rendant à l’école Saint Exupéry. C’est donc un peu par hasard, et grâce à la persévérance de la Communauté de Communes, que j’ai été impliqué. »
Pays du Bessin au Virois : Comment s’est mis en place ce projet ? Quelles ont été les étapes de sa construction ?
Monsieur Bellenger : « L’ETAPE a d’abord cartographié les lieux de résidence des enfants fréquentant l’école. Il s’est dégagé 3 lignes de circulation possibles, la plus longue commençant à 800m de l’école. Il faut compter 20 min de marche pour les enfants qui l’utilisent en entier.
Cette cartographie a été présentée en Octobre 2010 au Conseil d’Ecole , avec la projection d’un petit film présentant les carapattes. Une commission dédiée a ensuite été créée, incluant les parents d’élèves, les assistantes maternelles, les élus de Saint Martin, l’animatrice de la maison de quartier du temps libre et un gendarme. Une réunion publique a permis ensuite de présenter le projet aux parents de Saint-Martin.
L’ETAPE est ensuite intervenue en novembre dans les classes de l’école Saint Exupéry, pour diffuser un film aux enfants et qu’ils répondent eux-mêmes à une enquête. L’objectif était d’impliquer directement les enfants, de connaître leur mode de déplacements pour se rendre à l’école et de connaître leur opinion quant à la mise en place d’un Carapatte.
Les résultats de l’enquête menée auprès de 52 élèves de CE1, CE2, CM1, CM2 ont été présentés à la commission en Décembre 2010 :
• 32 élèves venaient à l’école en voiture (62%)
• 34 élèves venaient à l’école avec leurs parents (65%)
• 21 enfants ont déclaré préférer venir à l’école en vélo (40%) et 19 à pied (37%)
• 8 enfants ont déclaré préférer la voiture pour venir à l’école (15%)
En janvier 2011, le groupe de travail a préparé une enquête destinée aux parents d’élèves. L’objectif était de connaître l’avis des parents. Sur 52 familles sondées, 29 étaient d’accord pour laisser leur(s) enfant(s) aller à l’école à pied et 23 familles étaient volontaires pour accompagner les enfants à pied à l’école dans le cadre d’un « Carapatte ».
Ces résultats ont été restitués au groupe de travail en Février 2011. Les trois lignes « carapatte » ont été établies. Une réunion a été organisée avec les parents d’élèves afin de présenter ces 3 lignes et de recueillir les inscriptions. Un formulaire et une charte de bonne conduite ont ensuite été envoyés aux enfants participant, afin d’établir un planning pour le mois d’avril.
Le carapatte a pu être lancé le 14 avril 2011, en lien avec la semaine du développement Durable. L’OCCE (assurance scolaire) soutient l’école dans cette action.»
Pays du Bessin au Virois : les enfants s’inscrivent-ils « à la carte », en distinguant les jours où ils utiliseraient le carapatte des jours où ils ne l’utiliseraient pas ?
Monsieur Bellenger : « Pour les mois d’avril à juin 2011, à la mise en route, nous effectuions effectivement des plannings mensuels, où à chaque jour pouvaient être inscrits un nombre différent d’enfants. Cela a entraîné une charge de travail assez importante, pour gérer toutes ces inscriptions variables dans le temps. C’est pourquoi, afin de simplifier la gestion du carapatte, la commission a décidé à la rentrée que les enfants devraient s’inscrire à l’année, comme ils peuvent le faire à un ramassage scolaire ! Mais même sans liste précise des enfants participants, les accompagnateurs savent au final quels enfants attendent à quels arrêts et sont informés par les enfants eux-mêmes s’il y avait un changement un jour. »
Pays du Bessin au Virois : que font les accompagnateurs si un enfant n’est pas présent à un arrêt quand passe le carapatte ?
Monsieur Bellenger : « Ils doivent poursuivre normalement leur route, car il ne faut pas non plus qu’ils passent aux arrêts suivants avec trop de retard ! Tout comme un ramassage scolaire, le but du carapatte est aussi d’arriver à l’heure ! Les enfants sont responsabilisés pour être ponctuels. S’ils « loupent » le carapatte, ils doivent s’organiser autrement pour se rendre à l’école. »
Pays du Bessin au Virois : Comment sont « recrutés » les accompagnateurs et qui gère finalement le planning ?
Monsieur Bellenger : « C’est maintenant la mairie qui s’occupe de la gestion du carapatte. C’est elle qui réalise les plannings et « recrute » les accompagnateurs, des parents bénévoles qui s’inscrivent en fonction de leurs disponibilités. Ils peuvent ainsi accompagner régulièrement les enfants (tous les matins, ou tous les jeudis par exemple), tout comme se proposer pour accompagner les enfants ponctuellement. Les accompagnateurs bénévoles sont formés par un gendarme. Le planning des accompagnateurs est réalisé au début de chaque mois. »
Pays du Bessin au Virois : Des investissements ont-ils été nécessaires pour mettre en place les lignes ?
Monsieur Bellenger : « Il n’y a pas eu d’investissement très coûteux, seulement la mise en place d’une signalétique particulière, panneaux marquant les arrêts et marquage au sol. La Communauté de Communes a déjà financé l’achat de gilets fluo et nous espérons maintenant pouvoir être aidé pour l’acquisition de gilets de pluie pour les enfants. »
Pays du Bessin au Virois : Finalement, quels sont les résultats ?
Monsieur Bellenger : « Aujourd’hui, le carapatte à Saint Martin, c’est 2 lignes en fonctionnement, 38 enfants inscrits sur les 136 élèves fréquentant l’école (plus du quart !) et 20 accompagnateurs. »
Pays du Bessin au Virois : Quels sont les facteurs de réussite pour créer un carapatte ?
Monsieur Bellanger : « d’abord, il y a le dialogue entre la mairie et la direction de l’école. Ma « double casquette » Maire et Directeur a largement contribué à faciliter l’implication de tous, grâce à la commission mise en place tout spécialement pour le carapatte. Ensuite, il y a l’accompagnement technique de l’ETAPE, avec la réalisation des enquêtes et la communication autour du projet. Mais la clé de voute d’un carapatte reste l’encadrement par les adultes. C’est le point d’orgue indispensable pour commencer un projet, mais aussi pour le faire perdurer ! A Saint-Martin-de-Tallevende, nous réfléchissons à impliquer les retraités et d’autres habitants pouvant être concernés. Des associations de randonneurs, pour les communes où il y en aurait de présentes, peuvent par exemple constituer de bonnes pistes d’études. »
Aller à l’école à pied permet de réduire le nombre de voiture à proximité des établissements scolaires, et permet ainsi de réduire le risque d’accidents. Cela améliore également la qualité de l’air pour les enfants, qui y sont très sensibles. La marche à pied est également un bon moyen de se dépenser, ce qui leur permet d’être plus attentifs en classe et permet de lutter contre l’obésité précoce.
Cette action peut inciter d’autres personnes à changer de pratique de mobilité, et notamment développer l’usage du vélo. L’action car à pattes doit donc idéalement être accompagnée d’une approche à l’échelle communale sur les déplacements cyclables.
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